Camille Fabre
Seigneurs et paysans - entre Auvergne et Gévaudan- Labo des Patrimoines (2022)
7 bis route du Bois-Joli 44 690 Château-Thébaud - 12,99 euros
En 1989, Camille Fabre qui a vécu dans le village de Meyronne (Haute - Loire), entre le Gévaudan et l’Auvergne, découvre, dans une boîte, de vieux papiers de famille remontant au XVIe siècle. En dépouillant les documents, elle se rend compte que ses ancêtres paysans avaient dépendu du château dont les ruines dominent le hameau de Meyronne. Là, pendant des siècles, la seigneurie du dit château organisa la société rurale. Grâce au terrier de Meyronne, sur lequel les nobles faisaient inscrire leurs possessions, l’auteur retrouve les traces de ses aïeux de 1570 ! Si ces documents peuvent être lus du côté des seigneurs, ils nous renseignent aussi sur la paysannerie et les structures agricoles de la région. L’intérêt de ce livre est de nous montrer la difficulté de la recherche à la poursuite des sources d’époque pour tenter de reconstituer le passé enfoui aussi bien dans les archives nationales, départementales, communales que privées.
Au fur et à mesure que le temps se déroule, les documents permettent de mieux approcher la vie quotidienne, notamment celle des XVIIe et XVIIIe siècles. Ainsi, pour faire face à la misère, les villageois variaient les sources de revenus. C’est le cas de Jean Veisseire, en 1738, brassier dans la paroisse de Venteuges, sabotier à ses heures et aussi forgeron et maréchal - ferrant. Il louait de plus une ferme sur laquelle il pratiquait une petite production de céréales sur laquelle il devait débourser un cens (un impôt) pour ses champs en seigle et en avoine. N’ayant que peu d’économies, il avait en location d’un bourgeois une paire de bœufs pour le labourage, deux vaches, un cochon, une jument et son poulain. Sa femme filait la laine.
Au cours du XVIIIe siècle, ce sont les archives seigneuriales qui restituent le mieux la précarité des populations rurales. Près de 60 % des actes de justice concernent ainsi l’endettement des familles (retard de paiement de la Taille ou de la dîme…) Difficultés très souvent liées aux aléas climatiques. Certains seront surpris d’apprendre que l’État royal (ici en 1743) protégeait les populations locales en interdisant aux créanciers des communautés et des particuliers (et même aux collecteurs de la Taille !) " de faire saisir les bestiaux de toute qualité pendant 6 années ", menaçant les huissiers de 1000 livres d’amende et… de la perte des dettes réclamées.
L’auteur nous apprend qu’au début du XVIIIe siècle, le village voit apparaître une figure nouvelle : la béate, ou sœur chargée d’enseigner le catéchisme aux enfants, de leur apprendre à lire et à compter et de veiller les malades. La béate était logée dans une petite maison appelée " la maison de l’assemblée " dans laquelle elle accueillait les enfants. Comme le berger communal, elle était nourrie par les villageois. Cette institution perdura jusque dans les années 1950.
Dans ce monde précaire, les solidarités villageoises peuvent surprendre notre époque remplie de certitudes et parfois de préjugés sur l’Ancien Régime.
Un passé lointain qui nous rapproche
pourtant de nos préoccupations contemporaines. Ainsi la seconde moitié du XVIIIe siècle, fut-elle marquée par une dégradation du climat (pluies excessives au printemps, grêles en juillet - août). Un louvetier, qui se trouvait dans la région de Meyronne où sévissait la Bête du Gévaudan (entre 1764 et 1767), note une " tempête de neige et de pluie, le 30 avril 1765, un brouillard intense, le 13 juillet, noyant toute vue, des gelées début septembre, des neiges en abondance le 20 octobre 1765 "…
Une plongée dans l’histoire d’une campagne française qui nous fait découvrir le spectacle ordinaire et étonnant de nos ancêtres paysans.