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À PROPOS DE JUIN 1940 - Hervé Luxardo

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À PROPOS DE JUIN 1940
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Sur les idées fausses… par Hervé Luxardo

L’Histoire est une matière très complexe. Pour les chercheurs et les historiens, écrire l’Histoire est une aventure qui n’est pas dénuée de dangers, et peut s’avérer aussi aléatoire que pour les navigateurs d’autrefois qui prenaient l’océan sur des coquilles de noix. À lire certains livres sur la Seconde Guerre mondiale, on est parfois frappé par le poids de l’imaginaire et d’idées toutes faites. Voire de l’ignorance de certains faits qui permettraient de mieux approcher les réalités historiques.

Ainsi en est-il de juin 1940 qui fut une terrible défaite de l’Armée française. Jusqu’à aujourd’hui l’idée prévaut chez plusieurs historiens, que notre Armée avait été mise en déroute et avait cessé de se battre dès le 14 juin lorsque l’Armée allemande était entrée dans Paris. Or il n’en fut rien.

En effet du 15 au 25 juin 1940 de nombreuses unités luttèrent pied à pied en se repliant progressivement dans le centre de la France. Jusqu’aux derniers jours des combats, elles refusèrent la capitulation et supportèrent, bien souvent avec héroïsme, l’âpreté des engagements, la propagande défaitiste et, parfois, l’hostilité des civils. Ainsi, contrairement à certaines affirmations et réflexions, toute l’Armée française ne baissa pas les bras, et une partie des officiers généraux a sauvé l’honneur des élites françaises.

C’est ainsi que les 350 000 hommes du Groupe d’Armées numéro 3 réussirent à fédérer des aviateurs, des élèves de Saumur, de Saint - Maixent et de Poitiers, voire des marins… Des Divisions Cuirassées, des Divisions Légères Mécaniques et des Groupements de Reconnaissance " reconstitués " contribuèrent à retarder l’avance des troupes allemandes comprenant sept armées, trois forts groupements de Panzers et un puissant appui aérien. Pendant plusieurs jours, ils tinrent une ligne de défense qui allait de la Normandie jusqu’au nord des Alpes en passant le long de la Loire, de l’Indre, de la Creuse et de la vallée du Rhône. Durant douze jours (jusqu’au 25 juin, date de l’application de l’armistice), les Armées françaises du Centre, commandées par les généraux Prételat (8e, 5e et 3e Armées), Huntziger (2e, 4e et 6e Armées), Besson (7e Armée et une partie de la 10e Armée), Héring (Armée de Paris) Frère (10e Armée) et enfin Olry qui, à la tête de l’Armée des Alpes, devait faire face aux Allemands et à une puissante offensive italienne depuis la frontière suisse jusqu’à Menton, résistèrent avec succès aux troupes ennemies.

Rappelons que l’aviation joua un rôle non négligeable. Le 24 juin, à la veille de l’armistice, les défenseurs du Dauphiné et de la vallée du Rhône reçurent, à plusieurs reprises, l’appui de leur aviation malgré le mauvais temps persistant. Onze bombardiers Léo 45 du groupement 6 s’en prirent vers Saint-Marcellin à une colonne de camions allemands. Puis, les mêmes avions attaquèrent des bateaux et des ponts de bateaux sur l’Isère. Mais faute d’appareils d’attaque et de nouveaux bombardiers, des chasseurs allemands vinrent prêter main-forte à leurs troupes au sol. Un officier allemand, Werner Haupt témoigna des difficultés rencontrées dans la région alpine et de l’âpreté des derniers combats : " Les Français défendent habilement chaque mètre de terrain. Ils se sont retranchés dans les rochers et ont rendu les routes impraticables aux Panzers. Fantassins, sapeurs, hommes des chars avancent très péniblement ". Dans la région de Voreppe, l’artillerie française provoqua de lourdes pertes pour l’armée allemande qui dut reculer à plusieurs reprises pour se mettre à l’abri des tirs.

Au soir du 25 juin 1940, la Campagne de France s’achevait. " Une ligne de défense cohérente subsistait du Poitou à la frontière suisse… On peut se demander si les soldats de juin furent les derniers et courageux combattants d’une bataille perdue d’avance ou bien (…) les premiers résistants " concluait Gilles Ragache dans un ouvrage très documenté paru en 2010 qui valut à son auteur le prix Raymond Poincaré.


 

Gilles Ragache, LA FIN DE LA CAMPAGNE DE FRANCE. Les combats oubliés des Armées du Centre (15 juin - 25 juin 1940), éditions Economica (2010).

Voir aussi du même auteur : JUIN 1940, éditions Perrin (2020)

Gilles Ragache nous a, hélas, quittés au printemps 2023 alors qu’il mettait la dernière main à un nouvel ouvrage consacré à l’engagement et au rôle important des Armées françaises dans la libération de notre pays.


 

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