Et la foudre devint rouge, 1793
Roman de Xavier Raynal (377 pages)
Éditions Libel 2025
23 euros.
De nombreux romans ont comme toile de fond la Révolution française ; et parmi les plus illustres : Le chevalier de Maison Rouge d’Alexandre Dumas (en 1846), Quatre-vingt-treize de Victor Hugo (en 1874), Le Mouron Rouge de la Baronne Emmuska Orzy (en 1905) et quelques années plus tard, en 1912, Les dieux ont soif d’Anatole France… Et la foudre devint rouge, de Xavier Raynal, s’inscrit dans cette prestigieuse lignée littéraire.
Là encore, nous sommes dans la terrible année 1793, mais à Lyon, une ville trop souvent oubliée des romanciers et des… historiens.
En campant un jeune homme naïf, Jacques Fournier-Martin, qui revient des Îles à sucre, en décembre 1792, l’auteur nous fait découvrir les réalités de l’ancienne capitale des Gaules pendant la Terreur, avec une plume débarrassée des clichés et des postures attendues.
Nous sommes en février 1793 quand débute l’aventure, place Bellecour, où l’on assiste à une cérémonie républicaine à la mémoire du député Lepeltier de Saint-Fargeau, assassiné pour avoir voté la mort du roi. Notre fougueux héros entre dans l’Histoire par effraction en appelant la place Bellecour de son nom d’Ancien Régime. En nommant mal les lieux, il commet un crime de lèse républicanisme ; il est pris à partie et menacé d’être jeté dans le Rhône. Très rapidement, il se retrouve au centre des intrigues du pouvoir municipal où il fait connaissance du (réel) chef jacobin Joseph Chalier qui veut renverser les Rolandins (Girondins) qui dirigent alors la municipalité. Menacés de mort, les Girondins lyonnais décident d’agir contre Chalier et ses partisans qui veulent " purger Lyon de 500 têtes ! ". Jacques Fournier-Martin a le privilège d’entrer dans la grande histoire en interpellant Chalier : " Voilà ce qu’il en coûte d’appeler au meurtre […] Vous vous étonnez que l’on souhaite votre mort ! Je vous interdis de vous rendre à votre maison de Caluire ".
Ce n’est que le début de l’aventure où le jeune Jacques nous entraîne dans l’histoire mouvementée et méconnue de Lyon, alors mise en état de siège par les troupes de la Convention Nationale. Jacques va rejoindre son bataillon à la Croix Rousse et côtoyer des émigrés qui participent à la défense de la ville. Un siège long de plusieurs mois où le protagoniste nous fait découvrir le quartier des Brotteaux, effondré sous la violence des assauts répétés des canons de la Convention dirigés par Kellerman.
Le roman nous permet de vivre à côté des assiégés en initiant le lecteur à la langue du XVIIIe siècle, quand la majorité des Lyonnais ne parlait pas le français avec : les gones, les canuts, les pimpignoles (coccinelles), les m’atouser (gifler) et autres " vendre la carabasse "… Le lecteur s’effraie de la cruauté d’une guerre civile bien réelle qui fit des milliers de mises à mort par la mitraille des Représentants en mission : " les colonnes d’affligés […] ne purent ignorer les fossés qui les encadraient, ces tombes que l’on avait creusées aimablement à leur intention. À l’entrée de ce nouveau cimetière se dressaient trois bouches à feu dont les sous- officiers tenaient un brandon fumant à la main. Les 400 soldats du peloton d’exécution ne s’étaient dérangés que pour prêter main-forte aux obusiers." Lyon n’était plus ", la Convention l’avait rebaptisée Commune Affranchie.
Un livre qui mêle avec subtilité intrigues romanesques et réalités révolutionnaires de la cité des gones.
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