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Paris sous la terreur - Evelyne Lever

(Code: note_19_paris_terreur)
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Paris sous la terreur - Evelyne Lever

Evelyne Lever

Paris sous la Terreur. Fayard ( 23euros).

Dans cet ouvrage Evelyne Lever, qui a déjà beaucoup écrit sur le XVIIIème siècle, s'étonne de ce que la révolution des Droits de l'Homme et du Citoyen ait pu engendrer " la Terreur ". "La Terreur jette une ombre insupportable sur la Révolution " constate-t-elle. Le constat est effectivement effrayant : près de 17 000 exécutions, dont 2625 rien qu'à Paris, entre le printemps 1792 et l'été 1794. À ces chiffres, il faut ajouter les fusillades, sabrages et autres noyades ordonnés par les députés chargés de missions en province par la Convention Nationale, et les quelques 200 000 morts des guerres de Vendée et de l'Ouest décidées par le Paris révolutionnaire. Car s'il est vrai que la France entre en révolution dès la fin des années 1780, c'est évidemment Paris et sa minorité révolutionnaire qui dictent la marche des événements.

Pour Evelyne Lever, cette plongée dans le Paris "terroriste" est d 'autant plus nécessaire que, soit par paresse intellectuelle, soit par calcul idéologique, bien des héritiers de la Révolution et des historiens ont voulu exonérer celle-ci de la Terreur, ne voulant y voir que le poids des circonstances. L'historienne fait très justement remarquer qu'avant d'être un enjeu polémique, la Terreur a d'abord été une réalité d'une violence extrême faite de délations, de dénonciations, d'arrestations, d'exécutions et de massacres. Une période où les Droits de l'Homme et du Citoyen furent bafoués et où triompha la dictature sanglante de minorités radicalisées qui s'enivraient des belles idées de Liberté et d'Égalité pour mieux les dénier à leurs adversaires auxquels elles refusaient la dignité.

La datation retenue par Evelyne Lever est originale puisqu'elle fait débuter la Terreur, non pas en septembre 1793 quand la Convention met la met à l 'ordre du jour en systématisant la répression, mais dès le printemps 1792, quand Paris n 'est plus que "rumeurs, soupçons et tumultes " et que la monarchie constitutionnelle agonise.

La violence est au coeur des mentalités révolutionnaires sans-culottes. Par de nombreuses anecdotes significatives, l'auteur décrit le processus qui mène aux pratiques terroristes. L'intolérance et l'intimidation sont de mise partout : à la Comédie -Francaise, où l'on joue " La mort de César ", des sans-culottes obligent les comédiens à coiffer d'un bonnet rouge le buste de Voltaire. Dans un autre théâtre, où l'on reconnaît un page de Marie-Antoinette, on le traîne par les cheveux pour le faire tomber dans la rue boueuse. La reine, "l 'Autrichienne", est l'objet d'une campagne de presse où les pamphlétaires la décrivent comme une "hyène" rêvant de "se baigner dans le sang des Patriotes."... On est fasciné par la violence de la phraséologie révolutionnaire de groupes radicaux comme les Enragés, et par celle des dirigeants du Comité de Salut Public. Une langue qui charrie essentiellement les idées de punition, de sang à répandre et de complot et qui, au nom de "la révolution trahie", du Peuple, des Droits de l'Homme et d'un danger contre-révolutionnaire (volontairement surestimé), cherche à justifier la guillotine et les massacres.

On découvre ainsi que les événements qui se succèdent ont une logique. C'est la raison pour laquelle Evelyne Lever nous raconte par le menu cette période qui reste emblématique de l'imaginaire révolutionnaire, de la journée du 10 août à la Grande Terreur. Dans le chapitre sur les massacres de septembre, elle indique que les tueries ne sont pas un détail folklorique, mais un élément qui structure les années qui vont suivre. Ainsi Fabre d' Églantine, dans son "Compte-rendu au peuple souverain" , appelle au massacre généralisé : " Que dans les villes le sang des traîtres soit le premier holocauste offert à la liberté".... Des journalistes "patriotes" appellent à purger les prisons "des conspirateurs" et à faire "de grands châtiments". L'Assemblée Législative, par lâcheté, fait alors arrêter les journalistes royalistes et distribuer leurs presses aux journalistes réputés patriotes. La liberté d'expression a vécu. En 5 jours, du 2 au 6 septembre 1792 près de 1200 prisonniers ( dont 70 % de droit commun) sont ainsi assassinés par des tribunaux improvisées par quelques centaines de révolutionnaires qui ont divisé le monde "en bons et en méchants ". Girondins et Jacobins et toutes les autorités jetèrent ensuite l 'oubli sur ces journées comme aujourd'hui bien des spécialistes de la Révolution française, qui les évoquent sans trop insister...

Pour Evelyne Lever ces massacres, comme les crimes qui vont suivre, seront couverts par la loi et les institutions révolutionnaires de 1793. Ils ont comme origine la violence verbale et les idées manichéennes sur les purs et les impurs, les corrompus et les vertueux. Et c'est cette conception simpliste de la société qui va notamment guider les Danton, les Robespierre, les Comités de Salut Public et de Sûrete Générale et le Tribunal Révolutionnaire de Fouquier Tinville. Cette histoire de Paris sous la Terreur qui se lit d'un trait nous rappelle que les mots peuvent induire des catastrophes. Autant le savoir et le dire!