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MOLIERE A VERSAILLES - Claude-Catherine Ragache

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MOLIERE A VERSAILLES - Claude-Catherine Ragache
MOLIERE A VERSAILLES
Par
Claude-Catherine Ragache

C’est le 16 octobre 1663 que Molière se produisit pour la première fois à Versailles, alors que le château n’était encore qu’un gigantesque chantier. Il y présenta au roi L’Impromptu de Versailles, une pièce en un acte écrite en réponse à de venimeuses attaques déclenchées contre lui par les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne, jaloux du succès grandissant de ce rival qui les inquiétait. Cette comédie, qui met en scène une répétition de la propre troupe de Molière, eut l’heur de plaire à Louis XIV qui avait déjà eu l’occasion d’apprécier le talent du comédien et l’avait encouragé à répondre de cette façon à ses ennemis.
On retrouve Molière à Versailles en mai de l’année suivante, lorsque de flamboyantes festivités furent organisées pour l’inauguration des jardins dessinés par Le Nôtre. Pour ces « Plaisirs de l’Île enchantée », que le roi offrait à la reine mais aussi à sa maîtresse Mademoiselle de La Vallière, Louis XIV avait sollicité la participation de Molière et de sa troupe, qui furent logées dans les écuries royales. La fête s’ouvrit le 7 mai 1664 par un défilé costumé qui valut un vif succès à trois des comédiennes de la troupe : Mlle du Parc, représentant le Printemps, Mlle Molière (Armande Béjart jeune épouse de Molière) représentant le Siècle d’or, et Mlle Béjart (Madeleine Béjart), représentant la déesse Diane. Molière, déguisé en dieu Pan, fit sensation en apparaissant dans une machine volante due à l’ingéniosité de l’architecte italien Vigarani et dont on ne pouvait deviner comment elle se maintenait dans les airs. Le lendemain Molière présenta à la royale assemblée La Princesse d’Elide, une comédie galante entrecoupée de ballets et d’intermèdes chantés, écrite dans l’urgence pour l’occasion et inachevée, car commencée en vers et terminée en prose. Au bas de l’Allée royale, avait été aménagé un théâtre de verdure circulaire recouvert de toiles afin de protéger les nobles dames du soleil et des intempéries. Mlle Molière, qui interprétait le rôle titre, remporta de vifs succès auprès de nombreux gentilhommes. Molière y jouait pour sa part le rôle d’un bouffon de Cour, mais les spectateurs attentifs pouvaient le reconnaître aussi dans celui d’un valet de chien. Ce fut également au cours de ces fêtes que Molière présenta le 12 mai les trois premiers actes d’une nouvelle comédie qui attaquait les faux dévots et déclencha aussitôt contre lui une virulente cabale : Tartuffe. Bien que cette représentation ait plu au roi, celui-ci finit par céder aux pressions de certains écclésiastiques et du Parlement et interdit la pièce, malgré les demandes réitérées de Molière qui avait entre temps écrit les deux derniers actes et adoucit le ton. Les représentations de Tartuffe ne furent autorisées que cinq ans plus tard, en 1669, mais nullement fâché contre son comédien préféré, Louis XIV avait tout de même continué à inviter Molière à Versailles. C’est ainsi que le 12 juin 1665, il fut invité à jouer devant le roi Le Favori, pièce d’une demoiselle Desjardins, dans laquelle il interprétait un petit marquis insolent installé sur la scène d’un théâtre, résistant aux gardes et prenant à partie comédiens et spectateurs. Puis en septembre de la même année, Molière, dont la troupe était devenue par privilège « Troupe des Comédiens du roi » en août, répondit à une commande de Louis XIV en le divertissant d’un impromptu en 3 actes avec intermèdes, L’amour médecin, dans lequel il interprétait l’un de ses rôles fétiches, celui de Sganarelle. Cette fois c’est à la colère des médecins qu’il dut faire face…
En juillet 1668, une autre fête, la plus somptueuse du règne disait-on, fut organisée à Versailles pour célébrer le traité d’Aix-la-Chapelle qui mettait fin victorieusement à la première guerre du jeune roi, entreprise contre l’Espagne. Au cours de ce divertissement, Molière présenta une comédie rapidement improvisée, Georges Dandin ou le mari confondu, pour laquelle il avait puisé dans son ancien répertoire de farces inspirées de la commedia dell’arte. Ironisant sur les affres d’un mari bafoué, la pièce plut aux quelques 3000 spectateurs assemblés dans un théâtre de verdure aménagé sur l’emplacement actuel du bassin de Neptune. Dans une salle haute de 30 pieds, ornée à l’intérieur de magnifiques tapisseries et éclairée par 32 chandeliers de cristal, 1200 personnes avaient pris place sur des sièges disposées en amphithéâtre, parmi lesquelles l’ambassadeur de Venise, l’envoyé de la Cour de Turin, ainsi que les Résidents de l’Empereur de Suède, du Danemark, du Portugal et de Mantoue. Les autres spectateurs, assis sur des bancs au parterre, étaient encore plus nombreux. Ce fut sans doute public le plus prestigieux devant lequel se produisit Molière.
A sa mort en février 1673, la Cour n’était toujours pas installée au château de Versailles qui était encore en chantier. Molière n’eut donc pas l’occasion de donner des représentations dans le château tel que nous le connaissons.

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