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Le siège d'Orléans (1428- 1429)

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Le siège d'Orléans (1428- 1429)
Le siège d'Orléans (1428- 1429)
Par Hervé Luxardo

À l’automne 1428, quand débute le siège d’Orléans cela fait près de cent ans que la France est en guerre contre la monarchie anglaise. Et pour les Français, c'est une guerre jalonnée de catastrophiques défaites : Crecy en 1346, Poitiers en 1356 et enfin, en 1415, le désastre d'Azincourt suivi du non moins désastreux Traité de Troyes de 1420 qui donne au roi Henry V d’Angleterre la régence du royaume de France. En octobre 1422, le dauphin Charles VII, qui réside à Bourges, a été élu roi par une partie de la cour tandis que l’autre, en application du Traité de Troyes, a choisi le très jeune (il a 10 mois) Henry VI d' Angleterre, fils d'Henry V. Le nord du royaume de France appartient ainsi au roi d’Angleterre, représenté par le régent Jean de Lancastre, duc de Bedford, (qui va épouser Anne de Bourgogne), est alors allié au duc de Bourgogne... Le dauphin Charles VII tient de son côté le sud de la Loire dont la Touraine avec l’Orléanais en sont la ligne de démarcation.
C'est dire si Orléans qui possède un unique pont sur la Loire est une place forte stratégique et combien les Anglais sont décidés à s’en emparer ; d'autant que Charles VII a réuni quelques semaines auparavant les États de langue d'oil et de langue d'oc à Chinon qui lui ont accordé pour 500 000 francs de subsides.
En 1428, la situation est grave. La ville d'Orléans pourrait tomber aux mains des Anglais.
A la tête de l'armée des Français, bientôt une "jeune fille" (ce qui n'est pas exceptionnel) que l’on surnommera " Jeanne la Pucelle, fille de Dieu" et que les Anglais traiteront de "putain'", " ribaude" ou de "femina" pour souligner à la fois son infériorité et son immoralité.
Le 12 octobre, Thomas de Montaigu, comte de Salisbury, récemment arrivé à Calais décide de mettre en siège Orléans. Les Français qui disposent de plus de 9 000 hommes dont 3 000 Orléanais en armes doivent faire face à 5 000 soldats anglais. Pour faire tomber la ville défendue par de solides murailles et la " bastide des Tourelles" sur la rive gauche de la Loire, les Anglais ont édifié des " bastilles" dont sept au nord-ouest de la ville et deux à l'est.
Quand, début octobre 1428, le bailli et les autorités municipales apprirent que les Anglais préparaient à faire le siège de la cité, ils s'étaient empressés à "louer des soldats de tous côtés" et avaient acheté d' énormes quantités d'armes, de blé et "autres vivres des villages d'alentour". Les habitants avaient été réquisitionnés pour nettoyer les fossés entourant les
remparts et consolider portes, murailles et "boulevards", à savoir d'épaisses fortifications
munies de batteries capables de résister à l'artillerie adverse.
Dès la reprise des hostilités, le 12 octobre, les Orléanais tentent de perturber les assiégeurs
qui creusent " tranchées et fossés" en faisant pleuvoir des nuées de flèches et en tentant des
sorties " en pleine campagne". Les forces du Comte de Salisbury, retranchées dans les
bastilles répliquent en bombardant depuis "les lieux les plus hauts". Murailles et maisons en
" sont ébranlées ". Le 13 octobre, les douze moulins qui étaient installés sur l'île devant
Orléans sont détruits par des tirs de l'artillerie anglaise. La "Bastide des Tourelles", défendue
par le Gouverneur de Montargis et le Sénéchal du Limousin, Jean Poton Xaintrailles, subit
alors l’assaut des anglo-bourguignons. Salisbury la fait investir de tous côtés. Pendant
plusieurs jours les assiégés se défendent avec l’énergie du désespoir jetant " cailloux, tisons
de feu, poix mêlée de soufre et poix de résine ardente". Les femmes participent à la bataille
" ne cessant de porter pierres, huiles, cendres et graisses bouillantes."
Une dizaine de jours plus tard, le 23 octobre, après 4 heures de combat, les Anglais
déplorent 240 morts au contraire des Français qui n’en dénombrent que peu. À la nuit
tombée chaque camp enterre ses morts, les Orléanais en profitant pour renforcer l’enceinte.
Mais à l’aube les Anglais, nullement découragés, minent et bombardent les murs de la
"Bastide" qui s’écroule en partie. Les Français, se voyant perdus, décident d’abattre la
forteresse à coups de canons. En se repliant vers la ville des soldats font sauter une arche du
pont pour empêcher les Anglais d’atteindre les murailles d 'Orléans. Il reste que la "Bastide
des Tourelles" est aux mains des armées anglaises...
Le lendemain, 24 octobre, le comte de Salisbury peut savourer sa victoire mais en se rendant
dans une des tours de la bastide du fort des Tourelles, un boulet parti de "la tour Notre-
Dame", lui emporte une partie du visage.
Pour les hommes de cette époque, c'est le signe d’une intervention divine. Salisbury qui
avait ordonné quelque temps auparavant les pillages des villages voisins et de nombreux
monastères, dont celui de Notre-Dame de Cléry où se trouvait une statue miraculeuse de la
Vierge, avait donc été châtié, car " en ce temps-là, il n'y avait nul qui y osat prendre quelque
chose qu'il ne fût immédiatement puni". Transporté hors de la bastide Salisbury meurt de
ses blessures à Meung sur Loire.
Pour se venger les Anglais pillent l’église de Notre-Dame de Cléry et font fondre ses calices
d’or et d’argent.
Mais le décès de Salisbury oblige les Anglais à se donner un nouveau chef... qu’ils ne
trouvent pas. Le régent de France, le duc de Bedford, nomme le comte John Talbot pour
organiser le siège de la ville mais le considérant peu fiable il lui adjoint deux autres
commandants, les comtes de Scalles et de Suffolk. L’armée est alors divisée en deux. Tandis
que l’une saccage les villages du côté de Jarjeau, l’autre se dirige sur Meung sur Loire.
Talbot, sur la rive droite de la Loire, fait reconstruire le fort des Tourelles pour accentuer le
blocus d 'Orléans.
Commandés par le bailli et capitaine Raoul de Gaucourt, les Orléanais décident, en attendant
les armées de secours, de brûler les faubourgs et toutes les bâtisses non protégées pour
enlever des zones de repli à leurs ennemis. Ainsi les églises de St Aignan (patron de la ville),
de St Michel, de St Victor, des Jacobins, de St Mathurin et des Carmes sont abandonnées au
feu.
Le siège s’éternise sans que les Anglais ne progressent véritablement.
Au début du mois de février 1429, les Français reprennent confiance, ayant reçu de Charles
VII 800 chevaux "avec des gens de pieds et des archers" commandés par le comte de Dunois,
dit "le bâtard d 'Orléans" et le capitaine gascon Étienne de Vignolles surnommé La Hire.
Pourtant, malgré leur réseau de fortifications, leurs tranchées et leurs "bastilles" les Anglais
ne parviennent pas à fermer l’accès total à Orléans... C'est pendant cette période qu'a lieu "
la journée des harengs". Le 12 février, les troupes du Dauphin, commandées par Charles de
Clermont, ont la mission d’intercepter 300 chariots, venus de Chartres, remplis de vivres et
de harengs escortés par 1500 hommes et destinés à ravitailler la garnison anglaise. Les
Français commandés par Jean de Dunois, comte de Longueville, et forts de près de 5000
hommes, sont convaincus de l’emporter par l’effet de surprise.. Mais les troupes anglaises,
dirigées par John Falstaff, sont averties de la sortie des Français alliées à des effectifs
écossais ; et décident donc de faire halte dans le village de Rouvray de St Denis, situé à une
quarantaine de kilomètres au nord d 'Orléans. Protégés par leurs chariots disposés en cercle,
ils attendent les franco-ecossais. Dans le camp français, sûr de vaincre, c'est la confusion : les
commandants se disputent quant à la meilleure manière d’attaquer les Anglais. Si bien que,
dans un premier temps les troupes franco-ecossaises, arrivées à Rouvray St Denis
réussissent, grâce à leur artillerie, à détruire les défenses anglaises mais sans entamer leur
résistance. Les Anglais reprennent courage et repoussent les Français, pourtant nettement
plus nombreux... Une partie des troupes françaises prennent la fuite. Dans leur déroute les
Français déplorent la perte de 5 à 600 hommes et de quelques capitaines. Le moral des
Orléanais s'en trouva très affecté.
Pendant toutes ces péripéties Jeanne d'Arc, d’origine modeste (ses parents étaient des serfs
aisés), avait réussi à convaincre le confesseur de Charles VII de la véracité de sa mission
divine. En avril 1429, le dauphin-roi manifestement persuadé qu’il devait aider "la Pucelle,
envoyée de par Dieu" lui avait offert une armure et lui avait fait peindre un étendard et un
pennon. À la fin du mois d’avril, Charles VII organisa à Blois un corps expéditionnaire de 10 à
12 000 hommes commandé par le baron Gilles de Rais et d’autres chefs de guerre " les sires
de Gaucourt et de Boussac, l’amiral de France, Louis de Culan".
Le 28 avril, l’armée royale s 'ébranla avec en tête des prêtres portant' étendard de Jeanne.
En l’apprenant, le moral des Orléanais qui était alors au plus bas - songeons que le comte de
Clermont et une partie de l'armée royale avaient quitté la ville... et que la municipalité avait
songé se rendre au duc de Bourgogne- changea du tout au tout. L’annonce de l’arrivée de
Jeanne galvanisa la cité. Mais avant de monter à l’assaut des Anglais Jeanne leur adressa une
lettre :
"Jésus-Marie
Roi d'Angleterre, et vous, duc de Bedford qui vous dites régent du royaume de France ;vous
(...) comte de Suffolk, Jean sire de Talbot (...) rendez à la Pucelle, qui est envoyée ici de par
Dieu, le Roi du ciel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en
France (...) Elle est toute prête à faire la paix (...) si vous abandonnez le territoire de France
(...) Je suis chef de guerre et (..) je ferai qu'ils s'en aillent, qu'ils le veuillent ou non ;et, s'ils ne
veulent pas obéir, je les ferai tous tuer. Je suis envoyée ici de par Dieu (...) pour vous jeter
hors de France (...) Et croyez fermement que le Roi du ciel enverra plus de forces à la Pucelle
que vous ne pourrez en rassembler contre elle (...) Répondez (vous duc de Bedford) si vous
voulez faire la paix en la cité d'Orléans ".

Hervé Luxardo.

Prochain article : Jeanne délivre Orléans.

Hervé Luxardo est historien et éditeur des éditions cphf. Il vient de publier La fabuleuse
histoire de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière de Claude Catherine Ragache (12 euros port
compris). Disponible dans toutes les librairies ou écrire à cphf éditions BP 90095 Antony
921640 cedex ou sur le site de clefs pour l’histoire de France (paiements sécurisés).
Tel 0669731722.