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La France sous les bombes - Gilles Ragache

(Code: note_16_France_sous_bombes_bis)
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La France sous les bombes - Gilles Ragache
Gilles Ragache
"La France sous les bombes : Allemandes – anglaises – américaines. (1940-1945)"
Editions Economica. 25 euros.

Depuis des années, Gilles Ragache mène de fructueuses recherches sur l 'histoire de la Seconde Guerre Mondiale en France. Citons parmi ses ouvrages qui renouvellent l' histoire de cette période "La fin de la campagne de France" et "L 'outre-mer français dans la guerre" (Editions Economica). Avec" La France sous les bombes allemandes, anglaises et américaines (1940-1945) " il poursuit son travail de dévoilement historique en nous livrant un tableau d' une réalité trop souvent occultée. Dans un style sobre, il nous rappelle que la France qui a d 'abord subi, au printemps 1940, les bombardements allemands et italiens a reçu, pendant 5 ans, près de 600 000 tonnes de bombes alliées, soit 6 fois plus que le tonnage lancé par le III ème Reich sur la Grande Bretagne. Des chiffres qui laissent songeur quand on calcule que cette quantité impressionnante équivaut à une bombe sur cinq larguée sur l 'Europe par les forteresses anglo-américaines. Il en résulte un terrible bilan humain qu' il est, encore aujourd'hui difficile d'évaluer avec précision. À titre d'exemple, et rien que pour l 'année 1944, des chercheurs de l' université de Caen ont dénombré en Basse-Normandie plus de 14 000 victimes civiles. Plus surprenant, en dehors des régions exposées, on apprend que la région parisienne a payé un lourd tribut, le département de la Seine et Oise étant l'un des départements français les plus sinistrés ! Gilles Ragache nous donne des chiffres effrayants : en 1944 un seul bombardement sur Marseille et ses environs fait 2 000 morts ! Pire, il nous révèle que certaines villes comme Dunkerque, Le Havre et Brest ont connu, entre 1940 et 1945, un incessant déluge de bombes ; Boulogne sur Mer a ainsi subi près de 500 bombardements... Ce sont essentiellement les bourgs et les villes moyennes qui furent touchés même si des villages furent entièrement détruits... sans autre raison que de s'être trouvés sur la route des bombardiers... Quelques agglomérations disparurent entièrement comme St Lô que les contemporains baptisèrent alors " capitale des ruines". C'est dire si le traumatisme était profond, c'est dire si le quasi silence sur la France bombardée est surprenant.
Avec l 'auteur, on en arrive à se poser la question de l' efficacité d'un grand nombre de bombardements anglo-saxons. Exemple parmi tant d'autres, en pleine bataille de Normandie, fin juin 1944, le commandement allié pense bloquer l' arrivée de renforts allemands en bombardant en amont les voies ferrées et les gares de triage de l 'Est de la France. Plus de 200 Lancaster de la RAF bombardent de nuit Vitry le François... pendant une demi-heure. 100 morts, 200 blessés et la ville rasėe à près de 100% pour un résultat nul ! Deux jours plus tard la division de panzers qui devait être anéantie par ce raid meurtrier atteignait Caen et y menait une offensive.

Le livre nous révèle bien des évènements qui nous laissent sans voix. Le cas du Havre est de ceux-là. À l 'été 44, Le Havre est toujours aux mains des Allemands, retranchés dans de fort solides blockhaus. Les Alliés exigent alors une capitulation sans conditions à défaut d' être bombardée. Le commandant allemand qui a ordre de tenir refuse mais envisage de faire évacuer les milliers de civils qui y résident et commence à organiser la sortie des populations. Pourtant, de manière inexplicable, les Anglais s 'y opposent et rejettent l' idée de regrouper les habitants dans une zone protégée. Début septembre l'Etat Major allié ordonne l'offensive aérienne sur la cité. Pendant deux heures Le Havre reçoit des milliers de bombes. Le lendemain nouveau raid massif, le surlendemain nouveaux largages des bombardiers anglais. Le 8 et le 9 septembre plus de 5000 bombes sont déversées sur la ville et sa région....

Gilles Ragache pose la question : ces tragédies étaient-elles évitables ? Le lecteur aussi. On sort quelque peu choqué et abasourdi par les faits qu 'il nous donne à voir. Lisez l' histoire des bombardements à Sochaux, à Boulogne-Billancourt et la tragédie que connut Royan et vous comprendrez pourquoi il est légitime de mettre la lumière sur ces bombardements qui ont meurtri les hommes et les paysages de la France.                     Hervé Luxardo