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Histoire d'une famille d'architectes de Vaugirard (Partie 1) - Gilles Ragache

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Histoire d’une famille d’architectes de Vaugirard

(1880-1929)

Par Gilles Ragache

Aux alentours de l’an 2000, alors que j’effectuais des recherches sur l’histoire de Paris à la Rotonde de la Villette, une des conservatrices vint me voir. Me rejoignant à ma place, Madame Dugast me dit qu’elle avait vu mon nom sur la fiche que j’avais remplie et très gentiment me demanda: «Seriez-vous de la famille de l’architecte«Henri Ragache»? Car pour l’inventaire des architectes parisiens que nous établissons, nous avons relevé ce nom sur de nombreuses façades, en particulier sur de grands immeubles en pierre de taille. Et nous avons un problème: comment un seul homme a-t-il pu construire autant d’immeubles différents, sur une période aussi longue? (1880-1929) De plus nous ne retrouvons pas «Henri Ragache» à l’état civil de Paris. Qui était-il donc?Pourriez-vous nous donner des pistes? »

De fait, Madame Dugast et ses collègues travaillaient à la publication d’un volumineux «Dictionnaire des architectes parisiens au XIXe et XXe siècle» dont le premier tome (1876 - 1899) venait de paraître et comportait déjà une page de références à propos d’«Henri Ragache» pour des constructions que - le plus souvent - je ne connaissais pas. Voilà qui avait de quoi piquer ma curiosité,Surtout pour l’historien que je suis! C’est donc bien volontiers que j’ai donné suite à cette demande. Mais pour cela il me fallait creuser l’affaire car si je savais de tradition orale que mon grand-père Ernest Ragache avait été entrepreneur en bâtiment dans le 15e arrondissement[1],je savais peu de choses de son «oncle Henri» même si j’en avais entendu parlé. Il était né en 1848, à Vaugirard comme mon grand-père. Il était décédé en 1929 mais, dans sa jeunesse, mon père l’avait un peu connu et dans la famille tout le monde l’appelait « l’oncle Henri». Pour ma part, j’avais seulement rencontré sa fille, «la cousine Hélène», décédée en 1976,peu avant ses cent ans. Cependant à l’époque, je n’avais pas sollicité son témoignage sur les activités d’architecte de son père. Trop tard donc… Alors je me mis aussitôt au travail, procédant à une enquête méthodique sur le terrain ainsi qu’aux Archives, comme pour un classique travail universitaire.[2]

Mais qui était donc «H.Ragache»?

Tout en fouillant dans les papiers et les photos de la famille, j’ai entrepris des recherches minutieuses sur le terrain, au Musée d’Orsay et aux Archives de la Ville de Paris[3]. Et la moisson fut abondante… En fait «l’oncle Henri», ne s’appelait pas Henri mais Charles-Hippolyte, un prénom qu’il n’aimait guère! Et qui, de plus, pouvait être confondu avec un autre Charles Ragache, un cousin restaurateur né lui aussi à Vaugirard. En effet, «Henri» était un des nombreux petits-fils du restaurateur Nicolas-Pantaléon Ragache qui, du Premier Empire jusqu’en 1847, avait dirigé « Le Grand Salon» situé aux barrières de Paris mais du côté Vaugirard. Cet établissement notoirement connu à l’époque était une ancienne auberge comportant de nombreux salons, des salles de billards, un commerce de vins et une très vaste de salle de bal. Il accueillait souvent des repas noces, d’immenses banquets (jusqu’à 800 couverts)ou «repas de corps» comme celui des imprimeurs- typographes de Paris en 1845. Il était également connu dans toute la région sous le nom de Salle Ragache ou de Bal Ragache car il fonctionnait depuis l’époque de Louis XV et le peintre Fragonard s’y était même marié.[4] Dans sa jeunesse«Henri», le futur architecte y a donc été élevé et, sous le Second Empire, il y a travaillé au côté de son père Jean-Gilbert qui en avait repris la direction.[5]En même temps, Henri apprenait le métier d’architecte auprès d’un de ses oncles, Antoine Ragache, devenu architecte-voyer de la ville de Paris. A 22 ans, mobilisé pendant le Siège de Paris, Henri participa à plusieurs combats contre les Prussiens au cours desquels il eut pour compagnon d’armes Emile Trélat, futur directeur et fondateur de l’Ecole d’Architecture du boulevard Raspail. Liés par cette fraternité d’armes et par un goût commun pour l’architecture les deux hommes resteront toujours amis...



[1] Ses bureaux et son chantier se trouvaient rue Leblanc.

[2] Recherche qui aboutira à la publication de «Histoire d’une famille d’architectes parisiens du Premier Empire à la Belle Epoque» Editions Charles Hérissey. Collection Mémoire de Paris. 2003.

[3] Archives situées à la Porte des Lilas où j’ai trouvé beaucoup de choses en particulier dans la riche série VO, celle des permis de construire et des éléments de voierie.

[4] Voir à ce propos Gilles Ragache: «A l’enseigne du Grand Salon – Au 53 de la rue de Sèvres était le bal Ragache(1765-1885)» Ed. Charles Hérissey.

[5] En 1863, à l’âge de 15 ans, il y a dessiné un petit maraicher de Vaugirard dans le jardindu Grand Salon qui, à l’époque, était encore adossé à la campagne.