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GRANDE GUERRE

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Le soldat inconnu ou "la dernière relève" par Claude-Catherine Ragache
Le soldat inconnu ou « la dernière relève »

par Claude-Catherine Ragache

De nos jours il semble aller de soi que le Soldat inconnu repose à Paris sous l’Arc de Triomphe, et pourtant il s’en est fallu de peu qu’il ne rejoigne jamais le célèbre monument érigé pour glorifier les victoires de l’Armée française. En effet ce fut après de longues hésitations, des atermoiements sans fin et même de virulentes polémiques que le gouvernement de la Troisième République se résolut enfin, le 11 novembre 1920, à conduire jusqu’à cette dernière demeure le corps anonyme d’un soldat arraché quelques jours plus tôt à la terre du champ de bataille où il était tombé pour la France.La question du soldat inconnu n’était qu’un aspect du problème qui, deux ans après l’armistice, maintenait sous haute tension la classe politique comme l’opinion publique : un problème à la fois d’ordre matériel et moral, celui des très nombreux morts de la guerre. En cette fin d’année 1920, on avait pris la mesure de l’hécatombe qui en 52 mois de combats avait soustrait à la population française près d’un million cinq cent mille hommes. La plupart dormaient encore de leur dernier sommeil là où ils étaient tombés ou tout près, sous une modeste croix de bois ou mêlés à la terre cent fois retournée par les bombardements...

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Péguy pantalon rouge - Jean Pierre Rioux
Péguy pantalon rouge

par Jean Pierre Rioux


        Le 4 août 1914, le départ de Charles Péguy fut sans tristesse et il confia à une amie : « Je pars soldat de la République, pour le désarmement général, pour la dernière des guerres » ..Il pense que la guerre sera courte, comme tant d’autres mobilisés. Mais il entend bien « faire la guerre pour tuer la guerre » tout en défendant la Patrie menacée. Il part comme délivré et la délivrance, pour lui, c’est la levée en masse « comme en 93 ».

Un patriote

        La République de ce pantalon rouge reste la fille de la défaite de 1870. Comme tant d’hommes de sa génération, Péguy a grandi dans la « stupeur d’avoir été battus, puisqu’il était entendu qu’on était invincible ; mais rapidement stupeur et surprise de ressentiment et, plus profondément, un ressentiment d’outrage ». Cet outrage-là a fait de lui un fantassin fidèle à l’armée populaire selon Gambetta, « une armée qui comprendra tout le monde, une armée qui sera la nation elle-même debout devant l’étranger ; une armée où les droits de l’intelligence et la hiérarchie seront parfaitement respectés et, surtout, où la science des armes, ce triomphe de l’intelligence, sera appliquée à sa dernière puissance, avec tout ce que comporte d’audace, intelligence, d’héroïsme et de grandeur le génie même des Français ».

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De la bataille de la Marne à l'Armistice - Patrick Deschamps
De la bataille de la Marne à l'Armistice
La Guerre 1914-1918 en bandes dessinées aux Editions du Triomphe, collection Le Vent de l'Histoire
5 tomes écrits par Patrick Deschamps et illustrés par Guillaume Berteloot

Les éditions du Triomphe ont consacré plusieurs titres à la Grande guerre. Après deux volumes fort bien écrits et dessinés par Philippe Glogowski en 2006 et 2008, voici cette fois cinq volumes dus à la plume de Patrick Deschamps et au crayon de Guillaume Berteloot. Le projet est ambitieux, car il s'agit de raconter la Première guerre mondiale sous tous ses aspects : politiques, diplomatiques, militaires, économiques et bien entendu humains. Le lecteur est tout à tour entraîné dans le secret des cabinets ministériels, au sein des états-majors et du GQG, dans les usines d'armement, mais aussi sur le terrain où les hommes s'affrontent au cours de combats meurtriers. Tous les fronts sont visités, ceux de métropole comme ceux d'Orient et de Russie. Vue à la fois du point de vue des Alliés et de celui des Allemands, la guerre apparaît dans toute sa violence et sa complexité. On croise au fil des pages les principales personnalités qui ont influé sur le déroulement du conflit, tels les militaires Joffre, Foch, Pétain ou Galliéni, les politiques comme Poincaré, Messimy ou Clemenceau, les industriels comme Louis Renault ou Bréguet. Mais on y découvre également des hommes tout aussi importants, peu ou prou tombés dans l'oubli : ainsi le capitaine Painvin, qui réussit à plusieurs reprises à déchiffrer les codes secrets allemands, permettant ainsi d'anticiper des attaques et d'éviter le pire à nos troupes. Ou encore le colonel Duval, qui mit en place la 1ère division aérienne et modifia avec succès la tactique de l'aviation en préconisant la concentration des appareils en escadres. Le cinquième volume, " Rothondes, le wagon de l'armistice, 1918-1940", ajoute une dimension nouvelle aux quatre premiers en conduisant le récit jusqu'à la signature, dans la même clairière, de l'armistice de juin 1940, et en établissant ainsi un lien entre les deux guerres mondiales du XXème siècle.Avec précision, les dessins de Guillaume Berteloot illustrent de façon très vivante le texte bien documenté de Patrick Deschamps...

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Dessins de guerre par André Warnod

André Warnod, dessins de guerre, présentés par Janine Warnod, éditions Lienart, 2016, 15 euros.


De même que Roland Dorgelès avait toujours la plume à la main pour prendre des notes, même dans les tranchées de Champagne, son ami André Warnod ne quittait jamais son crayon. Mobilisé le 2août 1914 comme Pierre Mac Orlan et plusieurs Montmartrois au 269ème d'infanterie, et bientôt désigné comme brancardier après une attaque allemande particulièrement meurtrière à Izel-lès-Equerchin, il fut capturé en septembre et interné en Saxe dans le camp de Mersebourg. Libéré en mai 1915 grâce à un échange de prisonniers obtenu par la Croix-Rouge, il rapporta de ce séjour forcé en Allemagne de nombreux croquis illustrant la vie quotidienne des prisonniers. Accompagnés de textes et publiés dès son retour dans Le Figaro,ces dessins d'André Warnod furent parmi les premiers témoignages rendus publics en France sur la vie des camps.

Jeanine Warnod, la fille d'André, a publié en souvenir de son père un joli petit ouvrage intitulé André Warnod, Dessins de guerre. Après un bref rappel biographique, on y trouve de nombreux croquis, mais aussi des extraits de lettres envoyées du front à sa fiancée et d'articles publiés dès son retour d'Allemagne.

Voir l'article sur Montmartre en 1914

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Montmartre est mort ce jour-là par Claude-Catherine RAGACHE

"Montmartre est mort ce jour-là..."

par Claude-Catherine RAGACHE

2 août 1914

Comme chaque samedi soir d'été dans le vieux Montmartre, places et ruelles sont très animées. Pourtant, dans les groupes qui se sont formés aux terrasses des cafés, les discussions sont plus sérieuses qu'à l'habitude. Quelques heures plus tôt, les cloches de Saint-Pierre de Montmartre ont sonné le tocsin,comme celles de toutes les églises de la capitale, pour apprendre aux Parisiens que l'ordre de mobilisation venait d'être affiché. Alors, dans les mansardes ou maisonnettes qui les abritent, de nombreux peintres et poètes ont exhumé à la hâte leur livret militaire qui dormait au fond d'une malle ou d'un tiroir, et rassemblé dans une musette quelques vêtements et objets divers. Puis, avant de partir rejoindre le dépôt de leur régiment, ils sont allés retrouver les amis pour un au revoir, qui hélas serait pour certains d'entre eux un adieu... Place du Tertre, le sculpteur Maurice Drouard entonne une vibrante Marseillaise, reprise en choeur par ses voisins. Il ignore qu'il ne reverra plus son cher quartier : au petit matin, il rejoindra pour un aller sans retour le 236e régiment d'infanterie...

"C'est le 2 août 1914 que notre Montmartre est mort", écrira plus tard Roland Dorgelès, en se souvenant avec nostalgie de sa jeunesse sur la Butte.

"Le tocsin de guerre résonna à Montmartre comme dans un village de l'Est"...


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Roland Dorgeles

Claude-Catherine Ragache

"Roland Dorgelès -combattant, journaliste, écrivain”

(Economica, 2015)

 

Roland Dorgelès (1885-1973) est un écrivain injustement oublié aujourd'hui mais dans un ouvrage récent Claude-Catherine Ragache nous le restitue dans toute sa complexité. "Enfant" de Montmartre avant la Grande guerre, alors un peu anarchiste et bohème, il côtoie des gloires littéraires dont Apollinaire ou politiques dont Clemenceau pour lequel il tient rubrique à L'Homme libre. Pourtant, bien que réformé en 1906, il s'engage volontairement en août 1914 dans l’infanterie. De son expérience comme mitrailleur dans les tranchées, il rapporte Les Croix de bois, un roman témoignage qui sera apprécié par ses camarades du front et lui apportera une immense notoriété. Par la suite, il ne cessera de rappeler les conséquences de la guerre tant pour les civils des zones dévastées(dans Le réveil des morts) que pour soutenir les "inadaptés de la paix". Revenu à Montmartre, il ne pardonnera jamais à certains artistes dont Picasso d'avoir en 1914 d'abord pensé à soigner leur carrière comme si de rien n'était en se tenant loin du front… Devenu un des porte-parole des Ecrivains combattants, il n'oublia jamais de rappeler le sacrifice de ses frères d’armes, les Poilus : "Je hais la guerre, mais j'aime les hommes qui l'ont faite", aimait-il à répéter. Dans les années 1930, inquiet face au risque d'un nouveau conflit, il entreprit une tournée des dictatures européennes d'où il rapporta une série d'articles dénonçant aussi bien le nazisme que le communisme. Il devient également membre puis président du jury Goncourt et participe activement à la vie littéraire de son époque jusqu’à son décès en 1973. Dans un ouvrage fort bien documenté et agréable à lire,Claude-Catherine Ragache nous fait ainsi redécouvrir un écrivain majeur, auteur d'une trentaine d’ouvrages et qui mérite aujourd’hui d’être relu.

Claude-Catherine RAGACHE, Roland Dorgelès : Combattant ,Journaliste ,Ecrivain. Editions Economica 2015. 27 Euros